BHN Volcanique

Du 8 octobre au 15 novembre 2019

Ecuries des Carmes, Aurillac

Qu’est-ce que la Biennale Hors Normes volcanique ?

Parallèlement à la prestigieuse Biennale d’art contemporain qui se tient à Lyon chaque année impaire, une “autre biennale” a vu le jour dès 2005 sous l’impulsion d’un groupe d’artistes impliqués dans la mouvance de l’art brut.

Cette année, la 8ème édition de cette Biennale dite Hors Normes présente 300 artistes en 70 lieux différents autour de Lyon, et essaime pour la première fois dans le Cantal, avec la BHN Volcanique qui se tient aux Écuries des Carmes à Aurillac jusqu’au 15 novembre 2019.

Cette exposition, d’une rare ampleur dans notre ville, doit beaucoup à la volonté et l’énergie de la plasticienne aurillacoise Françoise Cuxac, soutenue ici par l’association Cie Cassyopée.

Que peut-on y voir ? Une sélection de plus de 200 œuvres par 12 artistes invités, permettant d’explorer, interroger, et admirer bien sûr, ce qu’est l’art brut et ce qu’il n’est pas. Diversité des supports, multiplicité des techniques, profusion des univers créatifs, il y a de quoi faire pour le visiteur !

Une programmation nocturne de conférence, performance et lecture complète cet événement réellement hors normes.

Premiers pas

Je suis si impatient de découvrir cette BHN qu’en arrivant au vernissage, et à rebours de ma fieffée gourmandise, je repousse les coupes de vin qui me sont tendues et les jolis petits fours qui défilent sous mon nez. Je fonce directement vers la première salle…

Première impression : cet art hors normes n’est pas un art conceptuel, n’est pas un art qui se justifie par un discours, n’est pas un art qui prétend donner des leçons. Je découvre des œuvres qui se livrent sans retenue, en toute sincérité, au premier degré.

Les rêves et les cauchemars, les pulsions archaïques, les obsessions, les fantasmes, ici l’inconscient n’est pas refoulé, il s’exprime et se donne au regard du visiteur. Non pas en s’affranchissant de tout interdit, mais en confiant à l’acte créateur la mission d’un surmoi esthétique. En cela, nous sommes bien hors les normes.

Bernard Le Nen

En déambulant parmi les œuvres, des réminiscences me parviennent : Bosch, Arcimboldo, Goya… Et le magnifique buste en céramique de Frida Kahlo par Véronique Dominici. Comme quoi l’art hors normes a déjà une longue histoire derrière lui.

Véronique Dominici

Plus loin dans la salle, Jean-Michel Chesné expose un série de « dessins dentelles » grand format, à base d’encre de chine et de stylo blanc. Le cartel indique que le parcours de l’artiste a été durablement influencé par la découverte du Palais idéal du Facteur Cheval.

Palais Idéal du Facteur Cheval (Hauterives, Drôme)

Matrice, gestation, gémellité, ces représentations explorent les liens organiques qui constituent le vivant, à travers des figures hybrides entre animalité et humanité. Je fais, à tort ou à raison, une relation avec les étranges cordons ombilicaux qui relient les créatures de Bernard Le Nen.

Jean-Michel Chesné

Tout autour de l’étonnant bestiaire de Jean-Michel Chesné, fleurissent des motifs végétaux d’une grande finesse, patiemment enchevêtrés les uns aux autres. Ce travail de répétition minutieuse produit un effet graphique saisissant, et dévoile une dimension obsessionnelle.

Le motif obsessionnel est une thématique récurrente de l’art brut, à la frontière ambiguë entre stéréotype névrotique et discipline formelle. Il dévoile en tout cas l’engagement profond de l’artiste dans son oeuvre, et fait l’effet d’une ascèse comparable à celle du mantra par exemple.

Monique Le Hingrat

Juste derrière, comme dans une alcôve, se trouvent les peintures de Monique Le Hingrat. Figures hiératiques, auréolées, trinitaires, étirées comme dans un tableau du Greco, architectures de flèches et d’arcades, paysages traversés de chemins, de monts et de croix, arbres sacrés sous des cieux mythiques, bleus méandres d’un possible Jourdain, cadres anciens, dorés et solennels, ce recoin de la salle ouvre un espace empreint de religiosité.

Serait-ce ici le lieu de la Transfiguration, ou bien là, le Mont des Oliviers ? Je m’approche du cartel, et découvre qu’aucun de ces tableaux n’a de titre. Cela m’évoque ces fresque que j’observe dans les églises sans en identifier clairement le sujet. Sur le mur, en quelques paragraphes très personnels, l’artiste se confie sur sa recherche, mais le mot le plus important figure en titre de ce texte : « Mystère« .

Monique Le Hingrat

Suite de la visite

La richesse et la diversité de l’exposition se confirment dans l’autre salle, où une série de céramiques suspendues au mur attire tout de suite mon regard. Ce sont des dizaines de carreaux blancs émaillés de formes noires, peut-être des oiseaux, peut-être des signes abstraits, peut-être les deux.

Collection, bestaire, lexique gestuel.

Une sorte de lexique gestuel, et peut-être un bestiaire

Une série de

Croix, auréoles, architectures (?), symbolique du chemin, du ciel, de l’arbre, etc. Bleu => ?

Visiter cette exposition, c’est se mettre en position d’ouverture, c’est un yoga du cœur. Quand bien même l’œil reste critique, le cœur doit être ouvert, prêt à accueillir l’altérité de l’artiste tout autant que son universalité. 

Recevoir l’autre, et son imaginaire, au risque de découvrir que je est un autre. Plus encore quand il s’agit, comme ici, d’un art qui s’assume comme singulier ! En ce sens, l’art est bien quelque chose qui nous relie et nous apprend à vivre ensemble

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