No border, Nadège Prugnard

Jeudi 23 août, 14h

Lycée Saint Géraud, Aurillac, dans le cadre du Festival de Théâtre de Rue

Cela fait des années que j’entends parler de Nadège Prugnard : à l’évidence, elle ne laisse personne indifférent. Mais, hasard étrange, je n’ai encore jamais eu l’occasion de la rencontrer, ni de la voir œuvrer.

Aussi quand j’apprends qu’à l’occasion du Festival de Théâtre de Rue, elle sera, ce jeudi 23 août, au Lycée Saint-Géraud pour une lecture de son texte No Border, je n’hésite pas un instant : enfin je vais pouvoir me faire ma propre opinion, avoir mon propre regard sur cette artiste réputée hors normes.

Nadège Prugnard apparaît, dans sa robe fleurie de coquelicots, à la fois souriante et déterminée.

No Border, c’est tout d’abord une commande, celle de Guy Alloucherie pour la Compagnie HVDZNo Border, c’est également un texte engagé, pour lequel Nadège Prugnard a reçu, en juin 2018, le prix « Arts de la rue » décerné par la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques).

Mais c’est tellement, tellement plus que cela…

Nadège Prugnard nous l’explique :

« No Border est un texte inspiré d’un travail d’écriture de terrain que j’ai mené pendant deux ans à arpenter la « Jungle » de Calais à la rencontre des exilé(e)s hommes et femmes qui fuient la guerre et la dictature dans leurs pays et qui espèrent trouver asile en Europe. »

Tout est dit, ou à la fois si peu, et la lecture peut commencer.

Nadège prend place à la table qui l’attend et, après quelques secondes de concentration, elle martèle ce cri : « Je suis perdu… j’ai perdu Vénus… ».

Fort, puissant, intense, bouleversant, poignant, dérangeant, engagé, révolté, révoltant… c’est une liste non exhaustive… Les mots manquent et sont sans doute de trop pour dire ce que l’on ressent à l’écoute de ce texte : à chaque phrase affluent les souffrances endurées, les espoirs désolés, les rêves perdus des migrants piégés dans la « Jungle » de Calais.

Les conditions de vie misérables, les atrocités vécues, passées et présentes, les violences policières… sont passées au crible de l’écriture affûtée de Nadège. Et au milieu de toutes ces blessures qu’elle nous livre, au milieu de ce cri qu’elle jette à la face du monde, sa plume réussit le tour de force de demeurer poétique, comme une caresse adressée aux migrants qu’elle défend, comme une caresse pour apaiser, un peu, peut-être, leurs souffrances. Comme ces fleurs qu’elle leur distribuait dans la « Jungle »

Pendant plus d’une heure d’un flot ininterrompu, elle porte à bout de bras, au bord de ses lèvres et de son cœur, un texte excellemment bien écrit, d’une puissance dérangeante. Son écriture est magistrale, son engagement dramatique est fascinant.

La force de ses mots, de sa diction, de son émotion, suffisent à subjuguer son auditoire. Personne ne bouge, le silence est absolu face à elle, le temps s’abolit, suspendu à ses lèvres, à ses larmes. Larmes de mots, larmes du cœur, larmes qu’elle ne peut retenir et qui coulent le long de ses joues au rythme des souffrances qu’elle retrace. J’essuie moi-même un pleur amer, mais ne suis probablement pas la seule, dans ce public terrassé par la puissance de son témoignage.

Quand elle se tait, les applaudissements sont presque timides, emplis de pudeur, comme s’il y avait quelque chose d’indécent à applaudir le récit de tant de souffrances et de misère. Mais il faut dénoncer, et Nadège Prugnard en a eu le courage : tout le monde se lève alors, dans une standing ovation absolument méritée.

Chapeau bas, Madame Prugnard, pour votre engagement et la force de votre écriture.

Puisse No Border être diffusé largement, vraiment no border

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