Irène Weiss, hommage à Gustave Doré

Du 6 juillet au 25 août 2018

Médiathèque de la CABA, Aurillac

Irène Weiss vit en Argentine mais est née à Paris en 1938 d’une mère aurillacoise. Membre du collectif auvergnat « Le chant de l’encre« , l’artiste graveuse expose chaque été depuis 2016 des estampes à la Médiathèque de la CABA. Cette année, le collectif s’est donné pour thème la peinture de Gustave Doré intitulée « Les saltimbanques », exposée au Musée d’Art Roger Quillot (MARQ) à Clermont-Ferrand.

L’oeuvre de Gustave Doré

Ce n’est donc pas le célèbre Gustave Doré graveur qui inspire l’exposition, mais le peintre de ce tableau dramatique et magistral, datant de 1874. L’oeuvre montre l’agonie d’un enfant funambule, suite à sa chute, dans les bras de sa mère et sous les yeux de son père.

Sur le visage grimé du père, vêtu d’un costume de cirque rouge orangé, des larmes coulent. La mère, dans sa robe bleue de bohémienne, pleure également sur le corps blafard de son enfant mourant, telle une piéta. A ses pieds, son jeu de cartomancienne fait apparaître l’as de pique, « carte de la mort ». Et à ses côtés se tient une chouette, animal que le XIXème siècle associait encore aux démons et aux sorcières.

Les divers accessoires du cirque (costumes, animaux, instruments du musique, cartes, balles…), destinés à amuser le public, entretiennent ici une tension troublante avec la tragédie qui se déroule sous nos yeux.

L’exposition

Les gravures réalisées par Irène Weiss explorent cette ambivalence que révèle le tableau de Gustave Doré : rapport entre gai et triste, entre amusant et effrayant, entre sérieux et souriant, entre l’illusion et le réel.

Vivant en Argentine, la graveuse a également fait des liens avec la culture andine : le personnage du bouffon évoque les figurines aborigènes andines, la mascarade évoque le carnaval des Andes.

De manière plus formelle, l’artiste a repris à son compte l’utilisation du bleu et du rouge orangé utilisés pour les vêtements des protagonistes dans la peinture de Gustave Doré, et qui traversent en diagonale le tableau.

Les estampes, qui sont toutes des gravures sur plastique, présentent des figures enserrées dans une forme ovale, pour ne pas dire ovoïde, et qui m’évoquent, tout en doutant que ce soit la volonté de l’artiste, quelque chose de la vie fœtale, circonscrite dans les parois utérines.

Ces figures, superbement stylisées, mises en relief par un virtuose entrelacs de lignes, sont imprimées au beau milieu de grandes feuilles, « sur le vide papier que la blancheur défend » comme écrit Stéphane Mallarmé. Elles sont entourées de signes symboliques, parfois gravés, parfois peints ou collés après impression, en divers matériaux.

Conclusion

C’est donc, comme toujours à la Médiathèque d’Aurillac, une toute petite exposition, mais le travail est admirable. Illustrer Gustave Doré, l’illustrateur par excellence : le clin d’œil est malicieux, et Irène Weiss a brillamment relevé le défi : vivement l’été prochain !

 

 

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