Stage d’enluminure, Valérie Mondon

Du 31 mai au 2 juin

Centre Social du Cap Blanc

Pour la petite histoire

Ce samedi 2 juin, lorsque j’arrive au Centre Social du Cap Blanc, je trouve six têtes penchées en silence sur leur parchemin. Une ambiance de scriptorium…

Scriptorium, XIVème siècle

Les stagiaires m’expliquent : au départ, il y a le minium, un oxyde de plomb permettant d’obtenir un rouge vermillon. Au Moyen Âge, le moine copiste qui trempait la plume dans ce pigment était le miniator, mot latin qui a donné la miniature.

Poudre de minium

Avec la lumière apportée par la dorure à la feuille dans les manuscrits, la miniature est devenue enluminure. Enluminer, c’est donc mettre un texte en lumière. du fait de la grande précision que nécessite cet art, le scriptorium médiéval était d’ailleurs la plus lumineuse du monastère, et la seule qui était chauffée.

Premier jour

Chacune est venue, le premier matin, avec le modèle de l’enluminure qu’elle souhaitait reproduire, et l’a fièrement montrée à Valérie, qui anime le stage, et qui s’est écriée : « Ah non, hors de question, c’est trop facile ! ».

« La plupart pratiquent la calligraphie et parfois l’enluminure dans mes ateliers depuis plusieurs années, je connais leur niveau, alors je me suis dit qu’avec ce stage, on allait les tirer vers le haut ».

Lorsque le nouveau modèle, plus complexe, a été choisi, il a été détouré sur calque puis, comme à l’époque, ce travail de détourage a été tracé sur parchemin au graphite d’abord, et repassé à l’encre brune ensuite. Un jour entier de travail pour parvenir à bout de cette étape. Valérie me fait sentir un parchemin : c’est indubitablement de la chèvre !

Deuxième jour

Une bonne partie de la journée a été consacrée à la dorure.

En effet, cette étape intervient dès avant la mise en couleur, notamment pour éviter les poussières. La feuille n’est pas posée directement sur le parchemin : elle est posée sur une « assiette à dorer »,  mélange notamment d’une argile très fine et de colle de peau. Cette assiette, de couleur brune, crée un relief sur la feuille, à la fois esthétique et pratique pour déposer puis coller la feuille d’or, au moyen d’un outil appelé pierre d’agate.

Travail d’extrême précision, à pratiquer le souffle suspendu : dans miniature, il y aussi minutie !

Troisième jour

Valérie explique :

« Dans ce stage, je fais en sorte que les stagiaires emploient les mêmes techniques qu’au Moyen Âge. Pour la peinture, nous partons de pigments minéraux que nous lions par une détrempe au blanc d’œuf, typiquement médiévale. Dans cette émulsion, nous mettons aussi de l’eau miellée et de la gomme arabique. Des années de pratique m’ont permis d’affiner chaque étape et chaque quantité, mais aujourd’hui je détiens la recette idéale ! »

L’enluminure se peint par aplats, en partant des couleurs foncées pour aller vers les couleurs claires. Huguette, Mireille, Thérèse, Véronique, Gabrielle, toutes se concentrent dans une sorte de coloriage studieux, où la moindre erreur ne pardonne pas : impossible de revenir en arrière. Après trois jours de travail acharné, ce serait quand même bien dommage !

« Ensuite, quand j’aurai terminé l’enluminure, je calligraphierai le texte à la plume, me dit Mireille. Je pense à une onciale, ou bien une gothique cursive ». Je m’étonne que l’écriture vienne à la fin : si la moindre lettre était ratée, c’est tout le travail qui serait gâché ! N’aurait-il pas été plus prudent de commencer par le texte ?

« Il faut être sûr de son geste, me répond-elle. Le bon geste doit être ample, comme si la main dansait. Et pour que ce soit juste, il faut être pleinement centrée. Vous savez, ce qu’on fait ici, c’est une ascèse… ».

 


 

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