Fanfan et Marco

Jeudi 31 mai à 19h

Bar de la Paix, Aurillac

Fanfan et Marco ne sont pas venus pour rien : le Bar de la Paix est bondé ! Même compressé dans la salle du bar, le public ne tient pas, et déborde largement sur la terrasse.

Dans cette foule compacte, Nadège Prugnard se fraye un chemin, et prend la parole. Les Zones libres, c’est sortir le théâtre de son carcan, du lieu théâtral où il s’assigne et se tient à distance de la vie ordinaire – donc de la vie. En cela, les Zones libres sont une tentative de résistance contre les diktats contemporains. Tenant nerveusement le bout de papier où sont ses notes, de sa voix grave et emplie de révolte, Nadège Prugnard nous exhorte à résister face à toutes les barbaries de notre monde, et à créer nous-mêmes les zones libres de notre existence.

Derrière elle, Françoise Loreau (Fanfan) et Marc Gauthier (Marco) se sont faits très discrets. Tandis que Nadège les présente, ils feignent une timidité qui ne va certes pas durer ! Lui, petites lunettes rondes, tout sage dans son joli costume, elle, plus âgée, cheveux gris, l’air faussement ingénu, austèrement vêtue.

Et c’est parti ! « Déshabillez-moi« , de Juliette Gréco, sera la première chanson à subir, si l’on peut dire, le traitement pour le moins décapant de Fanfan et Marco. Pitreries, auto-dérision et énième degré sont livrés sans ambages, et en toute jubilation. On comprend tout de suite que le duo ne craint pas le ridicule, mais au contraire, l’affectionne tendrement !

Les chansons se succèdent à un rythme soutenu, comme autant de saynètes burlesques à base de blagues potaches et de clowneries. La mise en scène joue à fond sur la figure du duo loufoque. Cependant, cette devanture foutraque n’empêche pas le musicien, aussi déchaîné soit-il, d’assurer parfaitement au clavier, et de servir des arrangements souvent très réussis. Il y a donc un art de ne pas se prendre au sérieux tout en prenant la musique très au sérieux.

Les compositions, bien écrites et très variées, donnent aux deux larrons le champ libre pour s’amuser sans complexes avec des paroles volontiers absurdes. Des reprises plus ou moins délirantes égayent également la setlist : Ophélie Winter, Luis Mariano, Iggy Pop, NTM. Une bonne vingtaine de morceaux en tout, durant lesquels je me demande si les artistes vont réussir à tenir cette tension très particulière qu’ils ont installée, entre concert et grosse farce.

Le risque de lasser est réel, à une telle dose de second degré, et pourtant, le tour est joué, et bien joué, jusqu’au bout. Il y a d’ailleurs, au milieu de cette joyeuse pantalonnade, deux ou peut-être trois chansons qui ne cherchent pas à faire rire. Et petit miracle, en effet l’hilarité générale laisse place, presque instantanément, à un public qui ne rit plus et écoute calmement.

Moi je dis : shake Fanfan et Marco !

 


 

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