Syndrome Marilyn

Vendredi 23 mars à 19h30

Café chez Lulu, Aurillac

Marilyn chez la Lulu, carambolage des mythes ! Comme par un fait exprès, dans ce recoin du bar, un portrait en sépia de l’austère tenancière fait face, sur le mur opposé, à une sublime photographie de l’icône.

Ce soir, c’est vers Julie Pichavant que les yeux sont tournés, écarquillés, éberlués. L’artiste, invitée des zones libres à l’initiative de Nadège Prugnard, donne une performance sur le fil du tragique, tout en jouant de dérision. Capable d’improviser à tout moment, d’interpeller à moitié nue les piétons, d’interroger un spectateur à coup de questions sibyllines, elle nous embarque dans une mise en abyme du mythe dont personne ne sortira indemne.

A commencer par elle-même, qui engage radicalement son corps dans cette entreprise de démystification, actualisant sous nos yeux la beauté livrée en pâture, et l’être de douleur qu’on préfère ne pas voir. Fantasmes et concupiscence ignorent la petite Norma Jean abandonnée et abusée, mais cela ne suffit pas : Julie Pichavant, dans une perspective situationniste, dénonce frontalement la société du spectacle au sens de Guy Debord. Le capitalisme fait marchandise du destin d’une femme, mais alors qui consomme ?

Si nous rions de cette lunette de WC à l’effigie de Marilyn, n’est-ce pas de nous-même que nous nous moquons? La performeuse est allumeuse, la performeuse est amuseuse, et l’on rit beaucoup en effet – des facéties du clown déjanté, ou bien de notre propre gêne.

La performance se conclut par un ultime coup d’éclat, exploit physique, dérangeant et comique, à l’image de toute la proposition artistique de Julie Pichavant. Le public médusé laisse passer quelque silence avant d’applaudir, de plus en plus fort.

Moi aussi, plus j’applaudis, mieux je comprends ce que je viens de vivre.

Et j’applaudis encore.

 


 

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